HOMO ALPINUS
"Du touriste balnéaire, Homoplagicus on sait à peu prés tout.
Chaque année , il se prête au grand barbecue national où huileux à souhait il se roule dans le sable avant de plonger dans la grande friteuse méditerranéenne. Chaud dehors et bleu dedans c’est le Français pané.
Ceux qui ont échappé aux carambolage de l’A7 ,aux intoxications alimentaires et incendies de pinèdes rentrent payer leur tiers provisionnel.
On connaît beaucoup moins en revanche son alter ego de la montagne, Homo Alpinus.
Ereinté par l’année écoulée, ce dernier essaie de prendre du recul en gagnant de la hauteur. Il affirme répondre à l’appel des sommets alors que les sommets ne lui ont rien demandé, et jure et que l’air pur des montagnes est irremplaçable, tout en garant son camping car diesel au beau milieu d’un col.
Le touriste des montagnes est plus sympathique que celui des rivages, pour une raison simple :épuisé par ses activités, il n’a plus la force d’être odieux.
En montagne , un touriste content est un touriste fourbu, et un touriste mécontent est un touriste mort.
Poussé dans une crevasse par son guide, encorné par une vache ou passé à la moissonneuse batteuse par des paysans, le vacancier des alpages n’a qu’une faible espérance de vie s’il garde sa mauvaise humeur de citadin.
N’allez pas croire que les autochtones n’aiment pas les touristes.
Bien au contraire : ils apportent de la distraction et laissent de l’argent.
Dans ce Parigo Circus, ce ne sont pas les spectateurs qui paient mais les fauves en visite.
Les gens des Alpes , reconnaissants, les ont d’ailleurs affublés d’un surnom : les « Monchus ».
Les étymologistes affirment qu’il s’agit d’une déformation de « Monsieur », mais les vieux savent que c’est une allusion à la
partie la plus charnue des estivants qui dodeline à cause de la carence musculaire de leurs jambes.
Les jeunes générations ont d’ailleurs remplacé l’appellation patoise par l’expression « cul blanc ».
Bronzer en ville, surtout de cette portion d’anatomie, n’est pas , il est vrai, chose aisée.
Identifier un Monchu est facile .
Sur une sentier de montagne le Monchu monte quand l’autochtone descend. Parti du camping à 11h30, après l’apéritif, le Monchu est surpris qu’il fasse si chaud à 2000m d’altitude.
Il se couvre donc de crème protectrice , puis s’étonne que les rhododendrons sentent l’oxybenzone.
Enfin , il demande combien de temps il lui reste à grimper : « Bien quatre heures », répond l’autochtone, quand il sait qu’en 50 minutes on est en haut.
Le Monchu se reconnaît alors à sa propension à faire demi tour. Ceux qui persistent sont récompensés :ils ont moins chaud en descendant puisqu’ils reviennent à tâtons dans la nuit et sous l’orage.
Franchir un col , c’est une sacrée paire de manches…
Le Monchu il est vrai, est téméraire. Il est persuadé, parce qu’elle sont des semelles antidérapantes, que ses tongs suffisent pour escalader le Mont Blanc.
Certains sont même sûrs de ne rien risquer sur la mer de Glace, puisqu’ils ont apporté leur bouée.
A ce stade, le Monchu rentre dans la catégorie supérieure, celle des TACS.
Le TAC est une sorte de crétin des Alpes qui n’est pas des Alpes.
L’hiver , à la veillée, les paysans évoquent les TACS de l’été passé en riant et les Monchus de l’été prochain en salivant.
Depuis 10 ans, le Monchu de 1ère classe est japonais.
Il s’appelle le Môn-Mhû , se tartine d’écran total dans l’avion Tokyo/ Paris, met ses crampons dans le TGV, puis se tue consciencieusement dans les Grandes Jorasses, en photographiant sa chute.
Pendant ce temps, le Monchu classique processionne au milieu des alpages « Oh ! des chamois », s’extasie- t- il avant de s’étonner que les chamois portent une clochette au cou pour reconnaître enfin que ce sont des chèvres. « Papa j’ai mal aux pieds « , proteste l’un de ses nombreux enfants, tandis que l’aîné, walkman sur les oreilles, grimpe plus vite que le reste de la famille, puisqu’il est chargé de tenir le chien en laisse.
Le soir, « au chalet », tout le monde boude la fondue : la mère parce qu’elle a 800gr de retard sur son programme d’amincissement( il est vrai qu’elle a pris le télécabine pour monter au sommet) », le père parce qu’il s’endort devant son assiette, la fille parce qu’elle a vomi après une insolation, et le fils parce qu’il a lu dans Sciences et Avenir que le nuage de Tchernobyl avait irradié en 1986 les pissenlits que broutent les vaches du coin.
C’est du moins ce qu’il a dit à ses parents en filant au Mac’Do.
Le Monchu ne sait pas ce qui est bon .
Là où il est le plus doué c’est pour choisir sa tenue.
Comme il estime que c’est à l’épaisseur des chaussettes qu’on juge la valeur des mollets, il les prend en mailles népalaises , du poil de yack tricoté lui donne des démangeaisons jusqu’à Noël.
De même, il achète le piolet Himalya Extrem, alors qu’il ne verra de la glace que dans ses 2 verres de Pastis quotidiens, et des chaussures Everest Proof, certifiées anti-engelures, dont il constate vite qu’elles ne sont pas garanties anti-ampoules.
Néanmoins les meilleurs Monchus arrivent lors de leurs courses en montagne à accomplir des 8000m . En longueur.
Il est un détail enfin qui rend le Monchu bien plus respectable que l’estivant des plages.
Rentré au bureau , ce dernier promet qu’il ne retournera plus dans l’enfer de Cacognât –les- mimosas, où il fonce dés Juillet revenu.
Le Monchu, lui, avec un air mystérieux et une profonde inspiration, affirme que de sa vie, il ne pourra jamais se passer de ces 2 semaines à St Ruffin- les -Gorges.
Et, l’âge venu, il y prend sa retraite, cessant d’être un Monchu pour devenir un ami."
( auteur Christophe Barbier)